Une critique et comparaison entre lui et moi (French)

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« De mon enfance je n’ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n’ai pas éprouvé de sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire : tout ce qui n’entre pas dans son système, elle le fait disparaitre ».

Avant de commencer cette petite thèse, il faut que je vous avoue que je n’avais pas lu de livre en français depuis très longtemps. Je crois que la dernière fois était à l’université dans les classes de littérature française. A cette époque je devais le faire à cause des examens qu’il fallait réussir. Je pense qu’aujourd’hui pour un anglophone qui étudie le français, on peut se dire ‘A quoi ça sert?‘ parce que je ne vais pas comprendre tous les mots et le vrai sens du texte. Cependant avec ces doutes et un peu de naïveté, j’ai décidé de lire ‘En finir avec Eddy Bellegueule’ de Édouard Louis parce que j’avais entendu qu’il avait gagné le prix Pierre Guénin en mars 2014. Pierre Guénin est un journaliste de cinéma, artiste peintre, écrivain et militant LGBT qui a souhaité récompenser l’action d’une personne physique ou morale qui s’est illustrée au cours de l’année dans le combat contre l’homophobie et la reconnaissance des droits des LGBT. Sébastien Lifshitz, réalisateur du documentaire Les invisibles, a également gagné le prix en mars 2014.

Comme toutes les bibliophiles, j’ai lu le texte de présentation pour voir si le livre serait quelque chose que me parlerait et après l’avoir lu, immédiatement je me suis rendu compte que je me reconnaissais dans le livre et partageais les mêmes sentiments. Voici le texte de présentation :

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Bien que je ne puisse pas m’identifier avec tous les sentiments, spécialement la pauvreté dont il parle et l’insurrection contre ses parents, il y en a certains que je peux comprendre. Cependant il faut que je précise que j’ai eu vraiment beaucoup de chance quand j’étais jeune parce que je savais bien que mes parents m’aimaient. Quand j’ai fait mon coming-out, ils n’étaient pas choqués, ils étaient heureux et je crois un peu fiers. Mon père a dit qu’il avait eu un meilleur ami gay quand il était jeune et ma mère a dit, j’imagine comme toutes les mères, qu’elle savait déjà. Néanmoins j’ai toujours senti un sentiment de gêne quand mes parents parlent de mon homosexualité et j’ai l’impression qu’il existe encore. Je ne crois pas que c’est à cause de leurs pensées mais dû à la ville dans laquelle ils ont grandi. Comme moi, ils ont grandi à Basildon, une ville assez grande en Essex (une région à coté de Londres). C’est une région qui a une réputation d’être un endroit ou vivent des personnes stupides, racistes, homophobes et violentes. Je ne sais pas pourquoi mais je crois que les idées sont liées. Comme Louis dit « pour un homme la violence était quelque chose de naturel, d’évident » (page 42). J’ai réalisé tôt que ce n’était pas moi.

Quand mes parents étaient jeunes, l’homosexualité était quelque chose dont les gens ne parlaient pas. Dans la ville, il y a une norme de comportement ; un standard auquel les hommes doivent se conformer et un auquel les femmes doivent se conformer. Comme Louis a dit dans le livre « Les femmes s’y retrouvent chaque jour vers midi pour récupérer les enfants qui sortent de classe. Elles ne travaillent pas. Quelques-unes travaillent, mais la plupart du temps, elles gardent les enfants. «  Je m’occupe des gosses » et les hommes travaillent, ils « bossent » à l’usine ou ailleurs, le plus souvent à l’usine qui employaient une grande partie des habitants » (page 62-63). Comme les hommes dans le livre, la plupart des hommes à Basildon sont des ouvrier-maçons des niveaux variables. Moi, je ne suis pas doué pour les tâches manuelles, je préfère les tâches intellectuelles. Je pense que c’était ce premier fait-ci et aussi à l’école où je me suis rendu compte que j’étais diffèrent. Aussi comme Louis, mes goûts étaient différents, j’ai un frère qui est plus âgé que moi et nous sommes comme le jour et la nuit. Louis explique « mes gouts aussi, toujours automatiquement tournés vers des goûts féminins sans que je sache ou ne comprenne pourquoi. J’aimais le théâtre, les chanteuses de variétés, les poupées, quand mes frères (et même, d’une certaine manière, mes sœurs) préféraient les jeux vidéo, le rap et le football » (page 29). Mon frère et mon père sont les meilleures amis parce qu’ils aiment regarder le foot, boire des bières et parler des belles femmes, alors que j’aime chanter, faire du théâtre et ne pas me salir pas.

Toutefois, ce n’était pas que chez moi que les gens se sont rendus compte que j’étais diffèrent, c’était aussi à l’école. Comme Louis l’a ressenti, des gens m’ont également crié « pédale, pédé, tantouse, encule, tarlouze, pédale douce, baltringue, tapette (tapette à mouches), fiotte, tafiole, tanche, folasse, grosse tante, tata, ou l’homosexuel, le gay » (page 19). Cependant c’était quelque chose que tous les jeunes hommes ont ressenti, si l’on faisait quoi que ce soit qui soit attaché à un cliché homosexuel, on était classé ‘homo’.

Ces comportements et ces insultes ont continué jusqu’au moment ou je suis allé à l’université et comme Eddy découvre au fin de livre, le monde est vaste à l’extérieur des murs de la ville ou l’on a grandi et, en fait, tous les gens sont différents « Je découvre quelque chose dont je m’étais déjà douté, qui m’avait traversé l’esprit. Ici les garçons s’embrassent pour se dire bonjour, ils ne se serrent pas la main. Ils portent des sacs de cuir. Ils ont des façons délicates. Tous auraient pu être traités de pédés au collège. Les bourgeois n’ont pas les mêmes usages de leur corps. Ils ne définissent pas la virilité comme mon père, comme les hommes de l’usine » (page 217 – 218). A l’université, j’ai trouvé des hommes comme moi ; un peu efféminés qui aime étudier, lire et apprendre.

À mon avis, ce n’est pas un livre qui traite uniquement de l’homosexualité. C’est un livre qui parle à toutes les personnes qui ont eu du mal à trouver leur place. Que ce soit la religion, la classe sociale, l’orientation sexuelle ou l’ethnicité. Nous sommes tous différents et tout ce que nous voulons est être accepté. Finalement le français n’était pas aussi difficile que ce que je croyais. Je suppose que parce que Louis, en ce temps-là, n’avait pas une formation supérieure ; son inaptitude à la langue française, correspond t’elle bien à mon incompétence à comprendre la langue française. Mais j’ai de bons amis français qui peuvent me corriger.

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En somme, En finir avec Eddy Bellegueule narre l’enfance et l’adolescence d’Eddy Bellegueule dans un village de Picardie, le rejet qu’il subit à cause de ses manières efféminées de la part des gens du village et de sa propre famille, les violences et les humiliations qu’il endure dans un milieu où l’on n’aime pas les « pédés ». Les expériences que relate le narrateur dépeignent un univers où la misère et l’alcool accompagnent une modèle social qui amène les femmes à devenir caissières après avoir abandonné leurs études et les hommes à passer de l’école à l’usine. Eddy Bellegueule finit par prendre conscience de son attirance sexuelle pour les hommes, et de son dégoût pour les relations hétérosexuelles, mais essaie de rentrer dans la norme. Devant le constat de son échec, il décide de fuir, et finit par quitter le chemin qui était tout tracé pour lui pour rejoindre un lycée d’Amiens où il découvre une autre classe sociale dont les codes sont différents.

Edité par Mélanie Cervera (@melinlondres)

 

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